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Posts Tagged ‘apocalypse’

 

Pour chaque saint, chaque site aussi, il y avait un rituel bien spécifique à observer que la tradition imposait. J’en donne ici un exemple, à quelques kilomètres de la ville de Huy vous trouverez la ville d’Andenne avec son pèlerinage à Sainte Begghe. Elle guérissait les hernieux et les bègues s’ils rampaient trois fois sous les reliques. Il leur fallait aussi visiter les sept églises qu’elle avait fondées, bâties l’une près de l’autre. Puis boire l’eau des fontaines.

 et monter selon un trajet balisé par des pierres ou des chapelles jusqu’au village de Coutisse, et là le pèlerin découvrait, avec ange, diable et lanterne, pareil à une sainte Geneviève ou une sainte Gudulle, une sainte Orbie.

 

Ou comme ici passer sous le tombeau de saint Guidon.

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Mais il existait aussi des règles générales, à commencer par une purification intérieure qui se traduisait par le jeûne, la prière, le cheminement plus ou moins difficile et qui débarrassait un pas après l’autre l’esprit du pèlerin de tout ce qui n’était pas le but essentiel de sa démarche, jusqu’à ce qu’il parvienne en vue du sanctuaire ou du lieu sacré.

Ayant atteint le but, il lui fallait alors souvent faire un vœu, le premier étant naturellement de revenir remercier le saint une fois la grâce obtenue. Cela pouvait se concrétiser par un ex-voto, une inscription, aller jusqu’à la construction d’une chapelle, d’une église.

Ensuite, il devait pour une efficacité maximum, se concilier les quatre éléments, souvent symbolisés afin que nul ne l’oublie, sur la façade même de l’édifice sacré par les quatre bêtes de l’Apocalypse.

Il y avait d’abord l’eau, mise à la disposition de chacun dans des bénitiers à l’entrée du sanctuaire.

Elle était bénite, mais le signe de croix que le pèlerin faisait alors dissipait les derniers maléfices. Le feu venait ensuite.

Le rite consistait à allumer un cierge devant le saint auquel on allait s’adresser. La terre réclamait du pèlerin qu’il s’agenouille sur le sol avant de prononcer ou mieux de chanter les paroles rituelles qui feront vibrer l’air et formuleront sa demande dans les termes prescrits.

C’est alors seulement qu’il aurait à accomplir le geste particulier requis, qu’il s’agisse de toucher, de baiser, de caresser la statue du saint. Ailleurs, il sera important de boire, de se baigner dans une fontaine, de manger du pain bénit, de la terre, de ramper sous le corps du saint ou de tourner trois, sept ou douze fois autour du sanctuaire, de se faire imposer les reliques.

C’est à ce moment que l’intervention du prêtre est utile, soit qu’il confère le sacrement de pénitence, la communion ou offre sa bénédiction.

Le rite s’achèvera par une dernière bénédiction, celle des amulettes que le pèlerin rapportera chez lui et qui poursuivront l’effet demandé à la maison ou l’étendront à des tiers : médailles, insignes, drapelets.

Quand, ayant obtenu la grâce sollicitée, il reviendra remercier le saint, il ne devra point oublier son vœu, sous peine d’une punition proportionnée. Les ex-voto seront généralement un tableau, une inscription, les objets ayant servi au malade, béquilles, bandages, chaussures . . . comme à la cathédrale de saint Omer ou se trouve le sarcophage de saint Erkembode.

St Omer St Erkembode chaussures

Ce grand monolithe de grès rouge posée sur deux lions et sur lequel s’entassent les paires de chaussures apportés par les pèlerins.    Saint Omer tombeau pèlerinage de saint erkembode (12)

Aujourd’hui on vient le prier chaque fois qu’un enfant a du mal à se mettre en marche et les mamans déposent ici, en priant avec confiance, les chaussures de leur enfant. Il en est pareil pour les personnes qui ont difficile de marcher.Saint Omer un pèlerin priant devant la tombe de St Erkembode (108)

N’oublions pas qu’au Moyen Age il n’y avait pas de chaises ni de banc dans les églises. Beaucoup de petites églises de pèlerinages avaient dans la nef des bancs de pierres le long des murs.

Cela permettait aux pèlerins de se reposer et surtout de prier et étudier les divers chapiteaux qu’il pouvait admirer. On tournait, on déambulait, on parlait et le silence n’y régnait pas comme aujourd’hui. Il y avait vraiment une vie sans obstacles et à N-D de Paris même les animaux étaient autorisés à entrer.

En prenant son temps pour prier devant telle relique, telle statue ou tel pilier le pèlerin entre, pour ainsi dire en résonnance énergétique avec le lieu. Soit par le rituel spécifique du prêtre on pouvait guérir ou obtenir les grâces désirées, soit c’est par la spécificité du lieu que l’on guérit (ondes telluriques, cosmiques, sources sacrées)

Si les origines de certains pèlerinages sont parfois imprécises, parce que trop lointaines, il est cependant possible d’en tirer les grandes lignes :

  1. Les sanctuaires de légendes, genre Rocamadour, Mont Saint-Michel
  2. Les sanctuaires antiques liés aux premiers évangélisateurs comme saint Martin à Marmoutier et Grégoire de Tours à N.D. de Marsat.
  3. Les Apparitions. On compte 25 apparitions de la Vierge en France, le Christ à Paray-le-Monial et saint Joseph à Cotignac.
  4. Les inventions de statues ; plus de quatre-vingts sanctuaires se sont édifiés autour de Vierges trouvés ou plus exactement retrouvées
  5. Ce qu’on appelle « la lignée Montaigu » faites de statuettes taillées dans le chêne miraculeux de Montaigu, en Belgique, et dont il reste 16 exemplaires toujours vénérés.
  6. Les pietàs et les sépulcres ; héritages des famines, épidémies et guerres.
  7. Les sanctuaires-reliquaires (les plus nombreux) et qui abritent le corps d’un saint, une relique insigne ou un objet leurs ayant appartenu.

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8.Les sanctuaires ex-voto qui ont pris naissance avec des marins ayant survécu à une tempête ; la fin miraculeuse d’une épidémie ou avoir gagné une bataille qui était désespéré.

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  1. Pèlerinages locaux qui reproduisent les pèlerinages fameux auquel les gens ne pouvaient se rendre commodément. (Église de Jérusalem, Bruges)    

 10. Les nombreux pèlerinages pour bénir les animaux domestiques,

et bateaux,DSCN9976

                les voitures le jour de la Saint Christophe.

Bxl St Jacques 3

La Bretagne mise à part c’est dans le Nord qu’on trouve la plus grande densité de saint locaux : les saints Erkembode, Ansbert, Bavon, Bénigne, Gildard, Gohard, Folquin, Lugle et Luglien, Piat, Rieul, Chrysole, Winoc, Copin, Druon, Gorgon, Saulve, Taurin, Médaret, Wasnon, Wandrille, Wulfran et bien d’autres. P1030493

Pour les saintes nous trouvons sainte Maure, sainte Brigide, sainte Austreberthe, sainte Berthe, sainte Pachasie, sainte Scholastique, sainte Bertille, sainte Isbergue, sainte Attale, sainte Maxellende, sainteWilgeforte . . .

La Bretagne elle en compte près de cinq cents, aux noms insolites et aux légendes merveilleuses. Il est curieux de noter que les saints Bretons vont souvent par sept. Les sept saints peuvent se rapporter aux sept évêques, aux sept dormants d’Ephèse ou les sept saints guérisseurs de Trédaniel.

La religion du Moyen Age est une religion concrète. Du culte des reliques à la pratique du pèlerinage, c’est toujours à travers le sensible que l’on s’élève au sacré.

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